Christian Dior
Le créateur qui transforma la mode après la guerre
Christian Dior transforma la mode à un point tel qu’il est facile d’imaginer que tout s’est mis en place harmonieusement. Ce ne fut pas le cas.
Lorsque sa première collection fut présentée en 1947, il avait déjà quarante-deux ans. Auparavant, il y avait eu des croquis de mode, du travail pour d’autres créateurs, une galerie d’art qui disparut presque aussi vite qu’elle avait ouvert, et des années durant lesquelles la haute couture ne pouvait guère sembler un moyen très sûr de gagner sa vie. Au moment où l’on commença à parler de Dior, la plupart des années d’incertitude étaient déjà derrière lui.
Les premières années (1905–1931)
Christian Dior naquit le 21 janvier 1905 à Granville, en Normandie. Sa famille vivait aux Rhumbs, une villa surplombant la mer, avant de déménager à Paris alors qu’il était encore enfant.

Granville revient régulièrement par la suite. Non pas comme un paradis d’enfance spectaculaire. Plus souvent sous la forme d’une bordure de roses, de quelques lignes sur le muguet, d’un sentier traversant le jardin. Des années plus tard, il écrivit qu’après les femmes, les fleurs étaient les créations les plus divines.
Son père, Maurice Dior, avait bâti une entreprise d’engrais prospère et s’attendait à ce que son fils choisisse une profession respectable. La diplomatie semblait suffisamment raisonnable, aussi Dior s’inscrivit-il à l’École des sciences politiques. Il acheva sa formation. Ses centres d’intérêt s’orientaient de plus en plus vers la peinture, l’architecture et les galeries.
Puis tout changea en assez peu de temps.
La crise atteignit la France. L’entreprise familiale s’effondra. Sa mère mourut, puis son frère. La galerie ferma. Il évoque brièvement ces événements avant de se tourner vers le problème concret de trouver du travail. Il avait besoin de travailler.
La galerie
La galerie avait ouvert en 1928 grâce à l’aide financière de son père. Une condition accompagnait cet arrangement : le nom Dior ne pouvait pas apparaître au-dessus de l’entrée.
On y exposait des œuvres de Picasso, Braque et Dalí. La galerie acquit une bonne réputation, bien que Dior ne consacre que quelques lignes à ces années.
Croquis, chapeaux et haute couture
La vente de croquis permettait de payer les factures.
Les modèles de robes trouvaient preneur, mais les chapeaux se vendaient particulièrement bien. Dior fit un jour remarquer que les chapeaux exigeaient de l’imagination sans nécessiter beaucoup de tissu. C’était une observation pratique.
« En 1938, Piguet m’a demandé d’aller travailler pour lui en tant que créateur de la maison. J’ai été ravi de cette proposition et j’ai accepté immédiatement. Enfin, j’allais découvrir le mystérieux processus par lequel une idée se transforme en robe ; j’allais entrer timidement, mais avec fascination, dans l’univers des premières et des ateliers. »
Christian Dior, Dior by Dior, 1958
La guerre interrompit tout. Dior servit brièvement dans l’armée française avant de rejoindre la maison de haute couture de Lucien Lelong aux côtés de Pierre Balmain. Paris était occupé. Les matières étaient rares. La haute couture continua, car les clientes s’attendaient toujours à ce qu’elle se poursuive.

Pierre Balmain
Un curieux mélange de discipline et de superstition
Les diseuses de bonne aventure apparaissent dans les mémoires presque sans introduction. Il en va de même pour les porte-bonheur. Des brins de muguet avant les collections. Il les mentionne aussi naturellement que les essayages ou les tissus.
La Maison de Dior
Marcel Boussac offrit à Dior la possibilité de créer sa propre maison de haute couture en 1946.
Après l’ouverture de la maison, une grande partie de son attention fut accaparée par les fournisseurs, les comptables, les livraisons, le personnel et les essayages interminables.
Le New Look
La première collection fut présentée le 12 février 1947. Carmel Snow la qualifia de « New Look », et l’expression resta.

Le New Look de Dior, 1947
La veste Bar devint la pièce la plus connue de la collection. Une grande partie de sa construction était dissimulée sous le vêtement fini. Un rembourrage sous le tissu. Une structure cachée. Essayage après essayage, jusqu’à ce que les proportions soient parfaitement définies.
Dior accorde davantage de place aux ateliers qu’à l’expression elle-même. Les premières d’atelier, les couturières et les essayeuses réapparaissent sans cesse. Les premières d’atelier. Les couturières. Les essayeuses. À un moment donné, il compare les ateliers à des orchestres.

Le New Look de Christian Dior
Les silhouettes étaient très différentes de celles des vêtements de guerre. Des jupes plus amples. Des épaules plus souples. Des tailles fines.
Au-delà des robes
La maison de haute couture se développa rapidement après son premier succès.

Le parfum Miss Dior apparut en 1947. Les gants, les bas, les accessoires et les accords de licence suivirent. En quelques années seulement, l’entreprise était devenue bien plus importante que le salon de haute couture.
Ses dernières années
Christian Dior mourut subitement le 24 octobre 1957 alors qu’il séjournait à Montecatini Terme. Il avait cinquante-deux ans. La cause officielle de sa mort fut une crise cardiaque.

Environ 2 500 personnes assistèrent à ses funérailles.
La responsabilité de la maison passa au jeune homme de vingt et un ans, Yves Saint Laurent.
Héritage
Le New Look reste la réalisation la plus connue de Dior.
Ses mémoires reviennent également à plusieurs reprises sur les fleurs qui apparaissent tous les quelques chapitres. Les ateliers en pleine effervescence avant une collection. Les noms des couturières mentionnés presque en passant. Des porte-bonheur glissés dans une poche.

Collection haute couture automne 2020 de Christian Dior
Aujourd’hui, la Maison Dior reste l’une des plus grandes maisons de mode au monde, ses collections de haute couture et de prêt-à-porter ainsi que ses parfums continuant de façonner la mode de luxe.
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